Comment devient-on végétarien ?

S’il est difficile de généraliser le cheminement intellectuel qui conduit quelqu’un à ne plus consommer de viande, Yuzu va nous évoquer sa propre expérience.

Tout a commencé lorsque nous avons décidé que nous ne souhaitions plus consommer de viande de mauvaise qualité. Les steaks hachés surgelés et les escalopes de dinde ou de poulet premier prix sont les produits que nous consommions le plus en tant qu’étudiants parce que notre budget ne nous permettait pas de manger de la viande de qualité à tous les repas. Nous avons donc décidé de réduire notre consommation de viande pour ne manger que de la viande de qualité, que ce soit de la viande provenant d’un boucher ou bien au restaurant. Nous avons alors cherché des alternatives au combo traditionnel viande – accompagnement.

La gastronomie française, bien que reconnue à travers le monde, propose peu de plats sans viande. Nous nous sommes donc tournés vers d’autres recettes, notamment la cuisine indienne. Une partie importante de la population indienne ne consomme pas de viande pour des raisons religieuses, sans pour autant que l’on puisse considérer que les indiens meurent de faim ou ne mangent que de la salade (je reviendrai plus bas sur quelques stéréotypes et mythes entourant le végétarisme). En faisant des recherches, nous sommes tombés sur de nombreux sites qui indiquent au végétarien novice, ou plus largement à toute personne qui souhaite réduire sa consommation de viande, quels sont les principes de base à respecter afin d’adopter une alimentation saine et équilibrée (notamment le site de l’association végétarienne de France). Le combo viande – accompagnement est remplacé par la triplette légumes – féculents – légumineuses. Dit comme ça, j’imagine que nos lecteurs n’auront pas forcément l’eau à la bouche. Mais c’est mal connaître la cuisine végétarienne !

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Pyramide alimentaire végétarienne – Association végétarienne de France

Moins de viande, plus de cuisine !

En réduisant notre consommation de viande, nous avons été forcés de chercher de nouvelles recettes pour remplacer les 5 ou 6 plats que nous recyclions toutes les semaines. Notre première découverte a été le dhal, un plat traditionnel indien. Nos familles connaissent bien ce plat qui ne demande pas beaucoup d’ingrédients hormis les épices et qui est nourrissant puisque nous leur faisons souvent. Du riz, des lentilles corail, des épices, de la sauce tomate. C’est fameux et je met quiconque au défi d’avoir encore faim après en avoir englouti une belle portion !

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le bon dhal!

Manger végétarien ne consiste pas à enlever la viande de tout ce qu’on mange. Il s’agit de modifier ses habitudes alimentaires pour ne plus utiliser la viande comme un aliment. Exemple : un hamburger sans viande, uniquement avec la garniture c’est triste, peu satisfaisant sur le plan gustatif, ne rassasie pas et n’est pas équilibré ! Alors qu’un hamburger où l’on remplace la viande par une galette de légumes et légumineuses (galettes de haricots rouges) ou par du tofu, c’est déjà plus intéressant.

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Hamburger végétarien – richbitchcooking.com

Faire le choix de ne plus manger de viande nous a conduit à essayer de nouvelles recettes en permanence pour trouver les plats qui nous conviennent. Internet est une mine d’or pour qui sait chercher, on y trouve une multitude de blogs et sites remplis de recettes végétariennes. Les livres de recettes ne sont pas non plus en reste, ils sont de plus en plus nombreux et variés. N’hésitez pas à les feuilleter si vous en avez l’occasion, vous verrez que la cuisine végétarienne est bien plus diversifiée que l’on ne pourrait le croire !

Le fruit d’une réflexion mûrie

Pour nous, devenir végétarien est un cheminement intellectuel qui conduit à ne plus considérer la viande comme un aliment. C’est un choix qui se fait dans la durée et qui est réfléchi, c’est un véritable processus. J’ai pour ma part continué à manger de la viande pendant un certain temps en dehors de la maison, car je trouvais ça plus simple. Au bout d’un certain temps, je n’étais plus satisfait par cette dualité dans la mesure où la viande que l’on trouve notamment dans les sandwiches n’est pas forcément de très bonne qualité et soyons honnêtes, pas vraiment bonne. Si je me suis parfois trouvé démuni face à un étal de sandwiches tous composés de viande, il existe de multitudes d’alternatives au jambon beurre pour qui veut manger sur le pouce : sandwich de falafel, salades composées, nems aux légumes, sushis (avec ou sans poisson)…

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Un repas facile à emporter : une salade de patates avec du tofu fumé grillé, Miam!

En réfléchissant à la qualité des aliments que je mangeais, j’ai été amené à penser à l’origine de la viande que je consommais. Il est parfois difficile d’identifier clairement de quoi est composé un plat que l’on consomme lorsqu’on ne l’a pas fait soi même. Beaucoup de plats contiennent de la viande disons « par principe », c’est-à-dire que la viande est présente sans qu’elle n’apporte autre chose que de la texture ou du gras et beaucoup de gens mangent de la viande « par principe » sans vraiment s’interroger sur pourquoi ils la mange et même quelle partie de l’animal ils mangent. Un animal a été élevé, abattu, détaillé, conditionné et cuisiné pour finir dans un plat qui n’aura pas le goût de la viande et qui sera mangé sans que l’on se demande pourquoi. A titre personnel, le fait de ne plus consommer de viande s’est inscrit dans une démarche plus globale.

Devenir végétarien, une démarche globale

A 2 green to stop, nous sommes sensibles aux questions relatives à l’environnement et à l’écologie, et c’est ce qui a contribué à nous rendre végétariens.

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Du point de vue écologique, le fait de consommer de la viande à tous les repas est une aberration. L’élevage d’animaux occupe la majorité des surfaces agricoles par la place réservée aux animaux mais surtout par la culture des champs destinés exclusivement à nourrir le bétail. La culture du maïs qui est utilisé pour nourrir ces animaux est extrêmement coûteuse en eau (16 000 litres pour un kilo de viande !), sans parler de la déforestation engendrée par l’augmentation de ces surfaces agricoles destinées à l’élevage. En outre, les élevages participent énormément au réchauffement climatique par le biais des émissions de gaz à effet de serre, des émissions de protoxyde d’azote et de méthane ainsi que par l’usage de pesticides et engrais (voir cette vidéo du site lemonde.fr qui explique très bien ces enjeux).

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Sans être un fervent défenseur de la cause animale, il me semble que les conditions d’élevage et d’abattage des animaux ne sont pas non plus satisfaisantes. Les images d’abattoirs publiées notamment par l’association L214 à de multiples reprises sont répugnantes. Les animaux sont maltraités, parfois torturés, tués sans être anesthésiés et j’en passe. Certaines de ces vidéos ont été tournées dans des abattoirs labellisés « agriculture biologique », qui étaient pourtant réputés pour leurs conditions décentes d’abattage. S’il a pu paraître pendant un temps que ces incidents étaient isolés et pouvaient être le fait d’une personne seule, la multiplicité de ces images montre qu’il est quasiment impossible de savoir dans quelles conditions l’animal que l’on consomme est élevé puis abattu.

Je tiens à préciser que je n’entend faire culpabiliser personne, j’explique ma façon de penser et les raisons qui m’ont poussées à devenir végétarien. Les végétariens ne sont pas des extrémistes qui veulent obliger tout le monde à vivre selon leur mode de vie !

Manger végétarien, ça vous arrive aussi (si, si !)

Pâtes à la sauce tomate ou au pesto, pizza margarita ou 4 fromages, salade tomates – mozzarella/fêta, frites. Avez-vous déjà mangé un de ces plats ? Si oui, vous avez mangé végétarien !

 

Les plats végétariens ne sont rien d’autres que des plats ne contenant pas de viande. Disons le une fois pour de bon: non, les végétariens ne mangent pas que de la salade. Non, je ne suis pas satisfait si je mange uniquement des courgettes. Non, je ne suis pas constamment affamé. Quel est mon secret ? J’aime manger de bonnes choses, j’aime manger copieusement, j’aime manger gras par moment, j’aime ne pas manger toujours la même chose. Je n’aime juste pas manger de la viande. Au lieu de manger un kébab, je mange un sandwich aux falafels ou un naan aux beignets de légumes frits, avec des frites s’il vous plaît !

Le changement ne se fait pas du jour au lendemain, en ce qui me concerne je n’ai pas arrêté de manger de la viande sur un coup de tête. Il ne s’agit pas d’une rupture brutale et soudaine mais d’une transition en douceur. Ce qui est vrai pour tous les domaines l’est encore plus en matière d’alimentation : il est difficile de changer ses habitudes. On pense souvent qu’être végétarien est contraignant, et qu’il est difficile de varier son alimentation. Faux ! En ce qui nous concerne, nous n’avons jamais mangé aussi varié et été autant satisfaits de notre alimentation que depuis que nous avons arrêté de consommer de la viande. Il suffit simplement de se renseigner sur les apports nutritionnels essentiels avant de se lancer.

Et le poisson alors ?

« Ah mais si tu manges du poisson tu n’es pas un vrai végétarien ! » (pas de blague, on a vraiment entendu ça!) Certains végétariens ne mangent pas de poisson, d’autres si.

Il y a une controverse scientifique à ce sujet, une étude montrant que les poissons ressentaient effectivement la douleur, une autre affirmant qu’ils étaient dépourvus de la région du cerveau qui fait ressentir la douleur. N’étant pas scientifique, je vous laisse le soin de vous faire votre propre opinion ! Pour certains, il serait donc moins grave de tuer un poisson qu’une vache ou un porc parce qu’il souffrirait moins. En plus, certains poissons sont pêchés à l’état sauvage, ce qui implique qu’ils ont vécu dans des conditions naturelles avant d’être mangés, enlevant ainsi la notion d’élevage intensif que l’on retrouve pour les animaux terrestres. (Je trouve d’ailleurs étrange que l’état sauvage soit une qualité quand il s’agit du poisson : pourquoi dénigre-t-on les poissons d’élevages et pas les animaux d’élevage ?).

Et la suite ?

Tous les végétariens deviennent-ils végétaLiens ? Si de plus en plus de végétariens font le pas vers le véganisme, ce n’est pas nécessairement le cas de tous. Pour nous, il est important que chacun fasse des choix en étant suffisamment informé. Je vous conseille la lecture de cet article sur Slate (écrit par un non végétarien ni végan) et intitulé « Pourquoi nous deviendrons tous végan ». Mais il est vrai que plus on creuse ce sujet en tant que consommateur, plus on trouve certaines choses paradoxales par rapport à notre propre pratique : pourquoi manger des gâteaux réalisés avec des œufs de poules élevées en batterie alors que l’on refuse une escalope provenant du même type d’élevage ? Forcément ça nous fait réfléchir, à la maison nous mangeons quasiment végétalien et à l’extérieur nous privilégions souvent les aliments sans produits animaux. Lorsqu’on me pose la question de savoir si je mange du lait et des œufs je réponds que non car ce n’était pas dans notre alimentation à la base, il a donc été relativement facile de s’en passer par la suite. Tout est une question de cheminement personnel et de savoir où l’on veut placer son propre curseur.

Bonus : Les petites phrases incontournables

« Ah tu es végétarien ? Mais pourquoi ? »

Si un de vos proches devient végétarien, il est normal que vous vous demandiez quelles sont les raisons qui l’ont poussées à changer ses habitudes alimentaires et que vous lui posiez la question. Par contre, lorsque cette question revient régulièrement de la part de vague connaissances à chaque fois qu’il s’agit de choisir un repas, cela peut devenir rapidement fatigant. C’est comme s’il s’agissait de passer un test d’aptitude auprès d’un quidam à chaque fois que l’on se rend compte que vous ne consommez pas de viande. Pour ma part, je n’ai pas forcément envie de me justifier sans cesse pour un choix qui ne concerne que moi, ce n’est pas parce que je ne mange pas de viande que je veux imposer MON choix à tout le monde. D’ailleurs pourquoi ne pas inverser la question : Ah tu manges de la viande ? Mais pourquoi ?

« Et tu n’es pas carencé(e) ? »

L’idée que les végétariens sont carencés provient du fait que certaines personnes font le choix d’arrêter de manger de la viande sans se renseigner sur la façon de conserver une alimentation équilibrée. Ce n’est pas en mangeant uniquement des accompagnements et en refusant la viande que l’on peut subvenir à ses besoins nutritifs. Aujourd’hui, ces personnes se font de plus en plus rares du fait que l’outil magique internet permet à chacun de s’informer aisément sur ce qu’il faut manger, le tout souvent accompagné de recettes faciles et rapides ! Il est d’ailleurs faux de dire que les végétariens tombent plus souvent malade et qu’ils sont en moins bonne santé que les « carnivores » puisque plusieurs études affirment le contraire ! Il est en outre absurde de considérer que toute personne qui a un régime alimentaire « normal », donc à base de viande, est en bonne santé et n’a pas de carences. Car ce n’est pas en mangeant des variations du steak frites que les besoins en fer ou en vitamines sont comblés !

« ET LES PROTEINES ??? »

Les protéines sont nécessaires à une alimentation équilibrée, mais contrairement à une idée reçue elles ne sont pas présentes que dans la viande. En tant que végétarien, nous mangeons beaucoup de légumineuses, de céréales et d’oléagineux ; BINGO, ils apportent tous des protéines, et pas que ! Le soja est également une source importante de protéines. Merci de vous inquiéter pour notre apport en protéine, mais en s’en sort plutôt bien 😉

Si vous n’êtes pas convaincus, je vous invite à consulter cet article sur le site de l’association végétarienne de France qui reprend une étude de l’association des diététiciens du Canada :

« Les protéines végétales peuvent à elles seules répondre aux besoins nutritionnels si une alimentation végétale variée est consommée et que les besoins en énergie sont satisfaits. Les recherches indiquent qu’un assortiment d’aliments végétaux mangés au cours d’une journée peut apporter tous les acides aminés essentiels et assurer une absorption et une utilisation appropriées de l’azote chez des adultes en bonne santé ; par conséquent, il n’est nullement besoin de consommer des protéines complémentaires dans un même repas »

« Mais moi aussi je fais attention, je ne mange pas beaucoup de viande »

C’est souvent ce qu’on me répond quand je dis que je suis végétarien. Comme si la personne culpabilisait d’avoir un alimentation différente de la mienne. Chacun fait ce qu’il veut, libre à chacun de manger de la viande, pas de viande, du poisson, des mollusques, des insectes! Dire qu’on est végétarien ne veut pas dire que l’on JUGE les autres, en vérité, on se moque pas mal de ce que vous mangez donc pas la peine de nous dire à quel point vous faites des efforts…si vous ne les faites pas 😉

 

Et vous, que pensez-vous du végétarisme ? N’hésitez pas à nous faire part de vos commentaires !

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